samedi 19 juillet 2008

Tout ce qu'il faut entendre!

A la fin , ça devient désespérant!

Les infos télévisées de ce 18 juillet, faisait état du vote du" décret mixité sociale-inscriptions". Pour illustrer le propos journalistique, en l'occurrence réduit à sa plus simple expression critique (le décret = une loterie à la place des files!), le journaliste s'en est allé rencontrer le directeur du Collège Saint-Pierre à Uccle.

Pour ce fin connaisseur en matière de files, le nouveau décret n'est pas bien meilleur que le premier et, de toutes façons, ne réglera rien au problème de la ségrégation scolaire: en cause, le fait que les élèves des écoles dites défavorisées ne se déplaceront pas jusqu'à son prestigieux collège, en raison de la grande distance géographique entre le bastion de la bonne éducation et les lieux de vie des misérables...

En parcourant très rapidement la liste des écoles fondamentales ayant accès à la D+, j'ai relevé au moins trois écoles fondamentales qui, foi de mappy, se situent à moins de trois kilomètres de l'avenue Coghen (rue du Montenegro, rue Jef De Vos (aucun lien familial, je vous assure!), rue Pierre Decoster). En cherchant un peu, on devrait en trouver bien d'autres à des distances raisonnables...

Bien essayé, Monsieur le directeur, mais, même à pied, avec un gros cartable sur le dos, le trajet ne devrait pas excéder 30 minutes! Vraiment excessif ?

A la rentrée scolaire, sûr qu'on reparlera de la mise en oeuvre du décret: il reste un peu plus d'un mois pour trouver de meilleurs arguments!

lundi 14 juillet 2008

A-t-on déjà perdu le sens du décret mixité ?

Après avoir été ajourné en première session par le jury du conseil d'Etat, il semble bien que le parlement soit en passe d'obtenir, sans mention spéciale cependant, son billet pour le nouveau décret « inscription ».

Mais pourquoi donc fallait-il réformer le premier décret, tellement controversé que son auteure, Marie Arena, en était devenue la victime expiatoire toute désignée ?

On s'en souvient, certains parents avaient passé une ou deux nuits dehors alors qu'il pleuvait et qu'il faisait froid. L'opinion publique s'était étranglée de voir ces parents combatifs battre le pavé, manger à même le sol et se chauffer à des braseros de fortune, comme de simples sans abri… En réalité, et contrairement à ce que d'aucun avait voulu prétendre, rien ni personne ne les y avait contraint : ceux qui avaient décidé d'aller faire le siège des écoles les mieux cotées étaient, pour la plupart, des parents très bien informés de la dualisation de l'enseignement et très conscients de l'enjeu que représente l'accès à un enseignement de qualité. En acceptant de coucher dehors, ils cherchaient à préserver ce qui, par la force des choses, était devenu un véritable privilège dont le décret entendait justement combattre les effets dévastateurs.

Disons le simplement: un enseignement de qualité ne peut constituer un privilège réservé à certains seulement. Et si les files d'attente, même sous la pluie et dans le froid, avaient contribué à amoindrir, fût-ce modestement, la fracture béante entre un enseignement de qualité réservé aux enfants des milieux socio-économiques les plus aisés et des filières scolaires déglinguées et dévalorisées pour les plus pauvres, personnellement, je n'y aurais rien trouvé à redire.

Mais on le sait depuis, malgré un énorme coup de projecteur salutaire sur les inégalités scolaires en communauté française, le décret inscription n'a pas permis d'installer plus de mixité et d'hétérogénéité dans l'enseignement secondaire: mal informés de l'opportunité qui leur était offerte, et peu conscientisés aux enjeux scolaires, seuls quelques parents d'enfants dits défavorisés se sont joint aux files d'attente.

S'il fallait modifier le décret « inscription », c'était bien là, la seule raison valable: favoriser la mixité sociale à l'école et faire en sorte qu’avoir accès à des écoles de qualité constitue désormais un droit et non plus un privilège. De nombreuses recherches et enquêtes (dont l’enquête européenne PISA) ont mis en évidence l’effarante disparité de l’enseignement en communauté française. Et il n’y a pas lieu d’espérer, après des décennies d’inertie et d’incurie politique, de complicités, ou de petits arrangements « entre soi », que la situation lamentable que nous connaissons aujourd’hui s’améliore « naturellement ». A ce sujet, la clarté s’impose: un système scolaire qui tente de concilier la garantie d’une double liberté, celle des écoles d’accepter ou de refuser des élèves et celle des parents d’inscrire les parents où bon leur semble, ne peut produire qu’un enseignement dual et inégalitaire !

Plus qu’aux files d’attente, c’est à cette inégalité fondamentale que le décret « mixité sociale » entend donc s’attaquer. A lire les récents articles de presse, qui s’attardent longuement sur les modalités de sélection des élèves inscrits sur les listes d’attente, on pourrait pourtant en douter : le fait, qu’à concurrence d’un certain pourcentage (15% à la prochaine rentrée), les jeunes issus d’écoles socialement défavorisées seront désormais prioritaires n’est même pas mentionné! Un peu comme si cet objectif capital et urgent devait s’effacer devant la hantise qu’à nouveau des files se forment devant certaines écoles…

Quoi qu’il en soit, il semble donc bien que le texte corrigé et adopté par la commission ad hoc de la communauté française puisse arriver dans les délais utiles sur le bureau de l’assemblée plénière, qui devrait l’adopter avant les congés parlementaires. Et c’est là que tout restera à faire…

Car il ne suffit pas de décréter que toutes les écoles sont ouvertes à toutes et à tous pour que la mixité espérée se produise. Pour qu’une culture de la diversité scolaire puisse s’installer, il faudra résolument mettre en œuvre une exceptionnelle stratégie d’information et de communication, principalement à destination des parents des enfants fréquentant des écoles dites socialement défavorisées. Et ne pas sous-estimer que l’intériorisation de la discrimination à laquelle ils ont été confrontés constituera sans doute un frein considérable à une démarche volontaire vers des écoles au sein desquelles, à tort ou à raison, ils ne s’estiment pas bienvenus.

Enfin, s’ils ne s’accordent pas sur les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir, une grande majorité d’intervenants politiques, pédagogiques, sociaux ou culturels se rejoignent sur l’idée que la dualisation est au cœur même des problèmes que connaît l’école et à travers elle, institution formatrice et socialisante, la société toute entière.Mais elle cache mal d’autres chantiers à entreprendre sans attendre : une école de la réussite, l’allongement d’un tronc commun dans le secondaire, des meilleurs processus d’accompagnement dès l’école primaire, etc. Ce décret n’est donc qu’une nouvelle pièce d’un énorme puzzle qu’il conviendra d’assembler le plus judicieusement possible dans les années à venir, dans l’intérêt et le respect des droits de tous les enfants.

mardi 8 juillet 2008

Des enfants dans les centres fermés

Depuis mon entrée en fonction, j'ai visité de nombreuses institutions accueillant des enfants et des jeunes. Parmi celles-ci le "127". Un univers de béton dans l'enceinte de l'aéroport,des grillages, des portes sécurisées, et quelques préfabriqués, conçus pour une durée de vie de 3 ans il y a ...19 ans et qui abritaient, lors de ma visite, une quarantaine d'exilés détenus. Pas d'enfant ni de famille ce jour là: on aurait eu envie de croire que la barbarie s'était épuisée et avait rendu les armes. Plusieurs familles y ont pourtant séjourné depuis, avec de nombreux enfants...
Je vous livre ici les conclusions du rapport de visite que je transmets ce jour aux autorités compétentes.


"A la suite de cette visite, je rappelle, à toutes fins utiles, que la détention de personnes, quelques soient leurs âges et leurs statuts, ne peut se justifier par des raisons liées à des phénomènes migratoires dont elles sont avant tout victimes. A fortiori, la détention de mineurs d’âge est intolérable et inacceptable. La détention d’enfants est en totale contradiction avec la Convention internationale relative aux droits de l’enfant et plus particulièrement à son article 3.1 qui indique que « dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. » Or, tous les avis autorisés convergent pour considérer que l’enfermement d’un enfant est contraire à son intérêt supérieur.

Certains ont émis l’hypothèse, pour éviter la détention de mineurs d’âge en centres fermés, de séparer les enfants de leurs parents les soustrayant ainsi à leur autorité parentale : outre les ravages psychologiques (que l’on imagine aussi graves que ceux résultants d’une détention) qu’une telle disposition impliquerait, séparer des enfants de leurs parents est contraire à l’article 9.1 de la Convention qui stipule que « Les Etats parties veillent à ce que l’enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré (…) ». En outre, il est important que les parents puissent continuer à exercer leur autorité parentale à l’égard de leur enfant. Pour ces motifs, décider de sortir les enfants des centres fermés et les confier à une famille d’accueil tandis que leurs parents restent enfermés, est contraire à la convention internationale et au bon développement des enfants.

Quant à l’idée de créer, soit un centre fermé spécifique pour les familles, soit un centre fermé qui comporterait des chambres spécialement aménagées pour les familles, elle est également en contradiction avec l’esprit de la Convention. Même si toutes les précautions devaient être prises pour qu’un tel centre réponde le plus possible aux besoins des enfants et que l’objectif d’un enfermement ne soit qu’une mesure de dernier ressort, le risque existe qu’une volonté de « rendement » de ces places conduise à y enfermer des familles alors qu’une autre solution pourrait exister. A l’heure actuelle, selon l’article 37 b) de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant « L’arrestation, la détention et l’emprisonnement d’un enfant doit être en conformité avec la loi, n’être qu’une mesure de dernier ressort, et être d’une durée aussi brève que possible ». Or, cette disposition ne parait pas respectée dans la pratique. Je ne peux donc soutenir l’idée d’un centre spécifique ou de chambres spécifiques pour les familles.

La seule solution envisageable, à mes yeux, est la mise en place d’un système alternatif maintenant les familles en dehors de tout dispositif qui priverait celles-ci de leur liberté. Un travail de réflexion doit être encouragé et fortement soutenu à propos des alternatives possibles à la détention des familles et des mineurs d’âge. En priorité, un système de coaching, tel que suggéré par l’étude de SumResearch et appliqué en Suède et en Australie, me parait devoir être privilégié. Dans ce système, un coach accompagne les familles pendant leur procédure d’asile ou demande de régularisation. Si une décision négative doit être prise, le coach prépare, avec la famille, son retour dans le pays d’origine, et la famille est tenue à une obligation de présentation et de résidence à une adresse fixe jusqu’à son retour.

Quant au problème de disparition potentielle, évoqué par d’aucuns, il me paraît, étant donné la présence d’enfants, qu’il devrait être singulièrement limité : il semble en effet difficile à imaginer que, dans de telles conditions, des familles entières puissent s’évanouir dans la nature ! Et si malgré des précautions élémentaires, quelques familles devaient échapper au dispositif, serait-ce vraiment un drame aux regards des nombreux phénomènes migratoires que nos sociétés devraient résolument envisager comme une richesse potentielle et non comme un danger dont il convient de se protéger… ? "

samedi 5 juillet 2008

Pauvre Félicien!

Dans la dernière livraison du Journal du Droit des Jeunes (www.jdj.be), le pauvre Félicien en prend pour son grade: en cause les bulles qu'il continue de souffler au bas des courriers du délégué général! En réalité, c'est plutôt son "beau-père" (votre serviteur en l'occurrence!) qui se fait gentiment tancer par le rédac. chef du journal phare des droits de l'enfant!

Accroché aux basques de son créateur -Claude Lelièvre-, omniprésent dans les présentations du délégué général, le "petit lutin mutin", chasseur de chagrins, était devenu l'emblème de l'institution. Et, aux yeux de ceux qui estimaient son action trop mièvre, trop distante ou trop partisane, le symbole de sa légèreté et de son insuffisance. Je faisais partie de ceux-là qui critiquaient la faiblesse de la communication de l'institution... et Félicien, son porte drapeau!

Depuis mon entrée en fonction, la stratégie de communication a donc été abordée lors de plusieurs réunions de travail internes, dont une entière exclusivement consacrée à cette question. Le sort du petit souffleur de bulles s'y est joué... Félicien ne sera plus, désormais, l'emblème de l'institution: un nouveau sigle dont le graphisme évoque très clairement la mission de l'institution, le remplacera désormais sur tous les documents sortants (courriers, cartes de visite, affiches, outils pédagogiques,etc). Plusieurs ouvrages spécifiques dont Félicien était le héros ne seront pas reconduits.

Pourtant Félicien ne disparaîtra pas totalement! Sa popularité auprès des plus petits, principalement dans les milieux scolaires, est incontestable ; il serait absurde, au moment où les abords des écoles de Wallonie s'ornent de son effigie dans le cadre d'une campagne de sécurité routière initiée par mon prédécesseur , de se priver de l' image de marque de Félicien auprès des plus petits! De nouvelles aventures pourraient ainsi être imaginées, à l'instar d'un nouveau conte sur les problèmes que peuvent rencontrer les enfants de parents alcooliques qui est en voie de finalisation.

Mais les pouvoirs magiques de Félicien seront dorénavant exclusivement réservés aux petits: pour les ados et les adultes, d'autres stratégies de communication sont désormais à l'étude. Ainsi, le nouveau site internet (en cours de réalisation) offrira trois entrées distinctes en fonction de l'âge des utilisateurs. Il en ira de même pour l'essentiel de la nouvelle stratégie de communication que nous élaborons actuellement...

La critique du JDJ évoque aussi les fameuses places de ping-pong offertes au secteur de l'Aide à la Jeunesse. Concernant ces places et autres invitations festives ou culturelles offertes par l'institution , j'estime qu'il serait indécent et "vache" d'en priver, sans motif impérieux, les multiples associations qui les sollicitent et, à travers elles, les nombreux jeunes qui en profitent. Je continue cependant à penser qu'il serait plus sain que ces opportunités puissent être offertes par d'autres biais que le délégué général.

Mais, par dessus tout, je considère que le vrai problème est ailleurs: ces invitations représentent les trop rares occasions au cours desquelles le délégué général s'adresse directement au secteur de l'enfance et de la jeunesse : ceci embrouille considérablement la "lisibilité" de l'institution et de ses responsabilités! A vrai dire, si ces invitations apportaient un "petit plus", sympathique et décontracté, à une communication bien fournie et de qualité, il y a fort à parier que fort peu, y compris au sein de la rédaction du JDJ, y trouveraient à redire!

Enfin, je crois peu aux changements instantanés! Chaque institution possède sa propre "culture d'entreprise" qui est , entre autres, liée aux inflexions que souhaite lui conférer celui qui en porte la responsabilité. Lorsqu'un changement survient à la tête d'une institution, une période d'ajustement, plus ou moins longue, est indispensable pour permettre à chaque composante de discuter et d'assimiler les nouveaux enjeux et de pouvoir s'y associer vraiment. Seul ce temps d'ajustement peut garantir des changements durables et profitables. Quitte à prendre le risque d'être une nouvelle fois épinglé, et sans en abuser toutefois, je compte bien ne pas me priver de ce temps là!