Dans la dernière livraison du Journal du Droit des Jeunes (www.jdj.be), le pauvre Félicien en prend pour son grade: en cause les bulles qu'il continue de souffler au bas des courriers du délégué général! En réalité, c'est plutôt son "beau-père" (votre serviteur en l'occurrence!) qui se fait gentiment tancer par le rédac. chef du journal phare des droits de l'enfant!
Accroché aux basques de son créateur -Claude Lelièvre-, omniprésent dans les présentations du délégué général, le "petit lutin mutin", chasseur de chagrins, était devenu l'emblème de l'institution. Et, aux yeux de ceux qui estimaient son action trop mièvre, trop distante ou trop partisane, le symbole de sa légèreté et de son insuffisance. Je faisais partie de ceux-là qui critiquaient la faiblesse de la communication de l'institution... et Félicien, son porte drapeau!
Depuis mon entrée en fonction, la stratégie de communication a donc été abordée lors de plusieurs réunions de travail internes, dont une entière exclusivement consacrée à cette question. Le sort du petit souffleur de bulles s'y est joué... Félicien ne sera plus, désormais, l'emblème de l'institution: un nouveau sigle dont le graphisme évoque très clairement la mission de l'institution, le remplacera désormais sur tous les documents sortants (courriers, cartes de visite, affiches, outils pédagogiques,etc). Plusieurs ouvrages spécifiques dont Félicien était le héros ne seront pas reconduits.
Pourtant Félicien ne disparaîtra pas totalement! Sa popularité auprès des plus petits, principalement dans les milieux scolaires, est incontestable ; il serait absurde, au moment où les abords des écoles de Wallonie s'ornent de son effigie dans le cadre d'une campagne de sécurité routière initiée par mon prédécesseur , de se priver de l' image de marque de Félicien auprès des plus petits! De nouvelles aventures pourraient ainsi être imaginées, à l'instar d'un nouveau conte sur les problèmes que peuvent rencontrer les enfants de parents alcooliques qui est en voie de finalisation.
Mais les pouvoirs magiques de Félicien seront dorénavant exclusivement réservés aux petits: pour les ados et les adultes, d'autres stratégies de communication sont désormais à l'étude. Ainsi, le nouveau site internet (en cours de réalisation) offrira trois entrées distinctes en fonction de l'âge des utilisateurs. Il en ira de même pour l'essentiel de la nouvelle stratégie de communication que nous élaborons actuellement...
La critique du JDJ évoque aussi les fameuses places de ping-pong offertes au secteur de l'Aide à la Jeunesse. Concernant ces places et autres invitations festives ou culturelles offertes par l'institution , j'estime qu'il serait indécent et "vache" d'en priver, sans motif impérieux, les multiples associations qui les sollicitent et, à travers elles, les nombreux jeunes qui en profitent. Je continue cependant à penser qu'il serait plus sain que ces opportunités puissent être offertes par d'autres biais que le délégué général.
Mais, par dessus tout, je considère que le vrai problème est ailleurs: ces invitations représentent les trop rares occasions au cours desquelles le délégué général s'adresse directement au secteur de l'enfance et de la jeunesse : ceci embrouille considérablement la "lisibilité" de l'institution et de ses responsabilités! A vrai dire, si ces invitations apportaient un "petit plus", sympathique et décontracté, à une communication bien fournie et de qualité, il y a fort à parier que fort peu, y compris au sein de la rédaction du JDJ, y trouveraient à redire!
Enfin, je crois peu aux changements instantanés! Chaque institution possède sa propre "culture d'entreprise" qui est , entre autres, liée aux inflexions que souhaite lui conférer celui qui en porte la responsabilité. Lorsqu'un changement survient à la tête d'une institution, une période d'ajustement, plus ou moins longue, est indispensable pour permettre à chaque composante de discuter et d'assimiler les nouveaux enjeux et de pouvoir s'y associer vraiment. Seul ce temps d'ajustement peut garantir des changements durables et profitables. Quitte à prendre le risque d'être une nouvelle fois épinglé, et sans en abuser toutefois, je compte bien ne pas me priver de ce temps là!
samedi 5 juillet 2008
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3 commentaires:
Cher Bernard,
Je ne m'attarderai pas au sort de Felicien qui a certes une bouille sympathique qui doit plaire aux enfants. Utilisé à toutes les sauces auparavant, il donnait une image de l'action du délégué général comme animateur socio-culturel (qui trouve par exemple important de remettre un exemplaire de sa marionette au Président du Comité des droits de l'enfant en pleine session de cette instance des Nations Unies chargée de vérifier que la Belgique respecte bien la CIDE).
Par contre, les places de ping pong, de cirque, de golf, ... me gênent beaucoup plus dans leur principe même! Il n'est pas contestable que les jeunes accompagnés par l'aide à la jeunesse ont le droit de se distraire, de participer à des activités culturelles, sportives,...
Mais distribuer des places, de manière spécifique, à ces jeunes (généralement en leur rappelant qu'ils doivent être calmes pendant les échanges ou en les faisant rentrer par une autre porte que le reste du public), place ces jeunes dans une catégorie différente : on leur rappelle bien qu'ils ne sont pas comme les autres jeunes. C'est en outre un alibi pour ne pas aborder les question de fond qui touchent à l'accès à la culture pour tous les jeunes.
Ce n'est en outre, à mon sens, pas du tout la mission du délégué général qui devrait se faire connaître des jeunes d'autres manières : pas comme celui qui, comme Saint-Nicolas, leur distribue des petits cadeaux, mais comme celui qui s'élèvera réellement pour la défense de leurs droits, individuels et collectifs.
Ces jeunes ont suffisamment d'occasions d'être stigmatisés pour ne pas en rajouter.
Benoit Van Keirsbilck
Cher Benoit,
Je viens de lire avec attention ton commentaire. Je laisserai à Bernard le soin de répondre si bon lui semble.
Pour ma part, je souhaiterais toutefois y réagir en ce qui concerne les places de ping-pong, de cirque, de golf....
Au sein de l’institution, je n’ai jamais été un grand partisan, ni un défenseur acharné, de la distribution de places pour des manifestations sportives ou des spectacles divers.
Je peux parfaitement entendre la critique selon laquelle ce n'est peut-être pas la mission du délégué général aux droits de l'enfant de mener de telles actions et que la question de fond sur l'accès aux loisirs et à la culture pour tout les jeunes, notamment défavorisés, doit plus retenir l'attention et mobiliser les forces.
La critique pouvait s’arrêter là sans qu’il soit nécessaire d’en rajouter : ces actions contribuent en outre à une surstigmatisation des jeunes du secteur de l'aide et de la protection de la jeunesse, tout est fait pour leur rappeler qu’ils sont différents.
Cette analyse repose sur des contrevérités et des raccourcis pernicieux.
Tout d'abord , sache que, de plus en plus régulièrement, les places ne sont pas proposées uniquement aux services du secteur de l'aide à la jeunesse (le secteur de la jeunesse, plus large, est aussi visé, voire même pour certaines actions, les écoles). Il n'y a donc nullement une volonté, ni une pratique, de « différencier » les jeunes de l'aide à la jeunesse.
Par ailleurs, il est tout à fait faux d'affirmer que les jeunes auxquels ces places sont offertes doivent entrer par une autre porte que le reste du public. Si tel était effectivement le cas, je trouverais cela effectivement scandaleux. Je m'étonne en outre que le JDJ, au courant d’une telle pratique, n'a jamais jugé utile de la dénoncer plus tôt de manière publique.
Par contre, il est effectivement signalé aux responsables des services - tous les services - qui entendent faire bénéficier leurs jeunes de places pour le ping-pong que ce sport nécessite le calme durant les échanges. Une telle consigne ne concerne bien évidemment pas que les jeunes "différents" du secteur de l'aide à la jeunesse. Elle est d'ailleurs rappelée à l'ensemble du public au début des matchs. Et répétée au besoin au cours du match. Je ne vois pas en quoi elle serait stigmatisant par rapport à certains jeunes.
Enfin, si on suit ton analyse, il convient de s’interroger sur les compétences pédagogiques et éducatives des responsables des dizaines de services qui depuis plusieurs années, en acceptant les places offertes par le délégué général, participent à la stigmatisation des jeunes qu‘ils prennent en charge.
Il m’est souvent revenu que le « secteur » avait une vision assez négative de certaines actions du délégué général, notamment celle que tu pointes. J’ai cependant toujours été assez étonné du succès qu’elles rencontraient auprès du même secteur. Celui-ci serait-il à géométrie variable ? Par ailleurs, pourquoi certains n’ont-ils de cesse à mettre en exergue que des actions, certes critiquables, en en omettant sciemment d’autres plus positives ?
Les jeunes, tous les jeunes, auxquels les multiples services, associations et institutions de la Communauté française peuvent et doivent apporter leur aide, dans le cadre de leurs compétences respectives, méritent mieux que de telles querelles stériles.
Je vous connais bien tous les trois, un peu moins Bernard, et je sais pertinemment bien le travail que vous réalisez chacun de votre côté pour faire progresser les droits de l'enfant.
Aujourd'hui, je me dois toutefois d'endosser le costume de Don Quichote afin de défendre ce pauvre Félicien contre ces moulins qui lui font de l'ombre.
Oui, je me dois de crier haut et fort que Félicien vit dans le coeur de très nombreux enfants en communauté française. Nombre d'entre eux ont pu un jour ou l'autre s'identifier à lui et peut-être passer de la sorte un cap difficile. Félicien a déjà gagné son pari mais sa mission est loin d'être terminée. Pour les enfants, Félicien reste cette part de rêve enfouie au fond d'eux-même et nous n'avons pas le droit de la leur enlever, au risque de faire excatement le contraire de ce que nous défendons.
Peu importe l'histoire de Félicien, il est devenu aujourd'hui un merveilleux faiseur de bulles et gare à celui qui tentera de les faire éclater.
Pour le reste, je lis que vous êtes tous d'accord et qu'il faut trouver de nouveaux moyens de communication afin d'aller à la rencontre notamment des adolescents.
Me taxera-t-on désormais de doux rêveur? Et pourquoi pas finalement....
Bonnes vacances à vous tous....
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