samedi 28 juin 2008

L'école et l'enfant handicapé

C'est un constat implacable et constant: le handicap de la personne ne se réduit pas à sa seule déficience, ni aux incapacités ou aux difficultés d'adaptation que celui-ci engendre: son impact réel dépend surtout de l'environnement matériel, social et humain dans lequel la personne handicapée est amenée à évoluer. Le handicap est donc avant tout situationnel puisque la présence ou non d'adaptations, parfois très simples à réaliser, va permettre de le réduire ou, à défaut, l'aggraver.

L'école et l'enfant handicapé sont appelés à vivre ensemble: voilà un voeu pieu, seriné depuis plusieurs dizaines d'années qui est bien loin d'être entièrement réalisé. Inscrit dans la loi, l'objectif d'intégration scolaire n'est toujours pas pleinement concrétisé, faute de moyens humains et budgétaires, notamment. Augmenter le nombre de places dans les classes d'intégration scolaire, améliorer les services d'accompagnement, compléter la formation des enseignants sont des orientations capitales fréquemment rappelées.

La question de l'intégration scolaire de ces enfants repose sur deux éléments fondamentaux. Le premier a trait à l'opportunité d'inscrire ou non son enfant handicapé dans l'enseignement ordinaire. Le souhait de les voir tous intégrer un jour des classes ordinaires est bien sûr attirant mais il ne correspond pas à ce qui convient à tous les enfants. A mes yeux, l'enseignement spécialisé garde toute sa raison d'être. Ses spécialités pédagogiques et d'encadrement permettent aux enfants plus lourdement handicapés de s'épanouir en développant au maximum leurs capacités, mêmes réduites, de réflexion, de communication et d'ouverture sur le monde.

Le deuxième élément concerne les conditions nécessaires à une intégration optimale dans l'enseignement ordinaire des enfants pour lesquels ce défi est possible et souhaitable, malgré leur handicap.

Outre des aménagents pratiques, toujours trop faibles, nécessaires à l'accueil d'enfants handicapés, cette intégration ne devrait pas poser d'énormes problèmes. S'il y a lieu pour les enseignants de modifier leur manière d'enseigner, les changements ne devraient pas, selon moi, provoquer une véritable révolution pédagogique: la seule réelle exigence étant d'adapter les matières et les manières de les enseigner en fonction des handicaps. C'est principalement au niveau des rythmes de travail que les professeurs devront admettre une certaine souplesse.

Dans un premier temps, la mise en place de ces changements semblera sans doute alourdir la tâche, et faire craindre qu'ils ne viennent ralentir le rythme de la classe. Les nombreuses expériences d'intégration réussie démontrent pourtant que ces réticences et ces craintes sont mal fondées: cette recherche de réponses différentes et adaptées a plutôt tendance, et pour tous, à enrichir la pédagogie! Bénéfice collatéral non négligeable: face aux exclusions et aux relégations scolaires dont ils sont trop souvent victimes, et loin de les pénaliser, cette manière d'appréhender positivement les rythmes de travail et d'apprentissage différencié améliore sensiblement le parcours des élèves les plus faibles! Une intégration réussie repose aussi sur le regard porté sur l'élève. Ne nous voilons pas la face, le handicap peut légitimement effrayer, déranger. Le risque est grand, dès lors, de ne plus voir que "lui", au détriment de la personne qui le subit. Définir l'élève par ses seuls manques, ne plus l'appréhender comme une personne à part entière, ne permet plus à l'enfant handicapé d'être considéré comme les autres.

Un regard égalitaire et respectueux permettra, par exemple, d'éviter le recours systématique au catalogage ("l'aveugle", "le sourd", "le trisomique") qui fige l'enfant dans son identité réductrice et dévalorisante.

Autre tendance du regard, à l'opposé, celui qui banalise, qui veut gommer la différence, "faire comme si" et, par négation des besoins et difficultés, risque de mettre lourdement l'élève en situation d'échec.

L'équilibre, le regard médian, entre la reconnaissance d'une différence et le refus d'y aliéner l'enfant est forcément difficile à trouver.

Pourtant, pour le reste de la classe, la présence d'un élève handicapé amène à poser un autre regard sur la différence. Et une formidable occasion d'exercer un esprit de tolérance, d'apprendre la solidarité, le respect de l'autre...

Il reste que, malgré des efforts considérables, l'idéal d'une école égalitaire, solidaire et intégratrice relève toujours plus du mythe que de la réalité. Aujourd'hui encore, l'école exclut, discrimine et renvoie ses élèves à leurs propres limites (intellectuelles, culturelles, sociales, économiques,etc.) sans arriver à leur permettre de les transcender.

Sans remise en question fondamentale du système scolaire en général, et principalement de ses vertus intégratrices, je crains fort qu'il n'y ait pas lieu d'espérer un traitement plus valorisant pour les enfants handicapés.

(Ce post est publié dans le "Badje info" du mois de juin, www.badje.be)

jeudi 26 juin 2008

Soirée de clôture à Solidarcité

Je participais, hier soir, à la clôture de l'année citoyenne de Solidarcité. Pour mémoire (ou pour ceux qui l'ignorent encore!) Solidarcité propose aux jeunes de 16 à 25 ans, de toutes origines, de tous milieux sociaux et de tous niveaux d'enseignement de consacrer neuf mois de leur vie à un programme original, mené en équipe de 8 et consacré à la fois au service à la collectivité, à la formation et à la maturation personnelle (voir aussi www.solidarcite.be).

Pour avoir été mêlé de très près à la création de cette initiative, c'est toujours avec beaucoup de plaisir et autant d'émotion que j'assiste à cette soirée, très peu protocolaire, de remise des diplômes aux jeunes, filles et garçons, qui ont participé à cette aventure humaine peu banale. Je suis, à chaque fois, non pas surpris, mais épaté de ce que certains de ces jeunes veulent bien témoigner:au-delà des difficultés, des doutes, des obstacles qu'ils ont rencontré, c'est avant tout la rencontre de la "différence" sous toutes ses formes et le plaisir d'être utiles qui les marquent profondément.

Mes anciens collègues avaient voulu manifester leur sympathie à l'égard de ma récente nomination en m'invitant à remettre, à chaque jeune volontaire, les documents attestant de leur parcours à Solidarcité. Plus que jamais, j'ai mesuré en serrant ces mains, en croisant ces regards fiers, l'importance que peut revêtir, à un âge où il arrive fréquemment que l'on se cherche, ce mélange subtil de rencontres et de services à la collectivité.

Désormais défenseur institutionnel des droits de l'enfant je souhaite pouvoir encourager ce type d'initiative innovante. Il n'est pas normal que la solidarité active, la "citoyenneté en actes" ne soient, principalement pour les jeunes les plus fragilisés, que synonymes de devoirs , de sanctions ou de contraintes. Il est absurde qu'ils ne soient invités à prendre conscience des enjeux de la vie en société seulement lorsqu'ils ont trébuché, et que la justice les condamne à des sanctions alternatives d'intérêt général.

Les volontaires de Solidarcité l'ont encore répété hier soir: l'engagement dans des projets citoyens améliore à la fois leur perception du monde, leur profil d'insertion et leur image narcissique. Et, par dessus- tout, il procure un plaisir intense et un enthousiasme communicatif. Ce plaisir est un droit qui mériterait sans doute de figurer dans la Convention Internationale des droits de l'Enfant ...