J’ai rendu visite, hier après midi, aux enfants et aux familles qui ont vécu les émeutes du week-end dernier au 127 bis.
Sept familles pour un total de onze enfants, pour la majorité en bas âge ont été, depuis, transférées dans les centres fermés de Merksplas et de Melsbroek où je les ai rencontrées.
Leurs histoires, toutes singulières, offrent pourtant de grandes similitudes : la fuite de conflits armés dans lesquels la sécurité et l’intégrité des enfants est compromise, un accueil peu amène et des démarches incompréhensibles auprès de l’Office des Etrangers , une descente aux enfers dans un univers carcéral où les enfants interrogent leur(s) parent(s) impuissant(s) sur les raisons de l’existence de barreaux aux fenêtres, des portes automatiques et des privations de liberté…
Pour ces enfants déboussolés, la nuit d’émeute au centre fermé 127 bis aura certainement constitué un traumatisme supplémentaire.
Une maman me confiait, en sanglotant, que son enfant de quatre ans qui a pourtant connu les horreurs de la guerre en Tchétchénie, l’interrogeait sans cesse, depuis son incarcération, sur les raisons de son enfermement. Le tumulte du dernier week-end, les fumées qui gagnent l’aile des familles, alors que les portes et les fenêtres sont hermétiquement closes, n’auront certainement rien arrangé à la détresse psychologique de cet enfant !
D’autres témoignages confortent l’idée que ces familles ont vécu une véritable nuit d’angoisse. Du vacarme d’abord , des coups sur les portes, des fumées qui se propagent et qui font pleurer les enfants et irritent les gorges, le faux plafond qui commence à fondre alors que les portes restent closes…Puis la fuite urgente vers la cour du centre, en pleine nuit, la fouille des papas devant les enfants qui grelottent et le transfert, sous le contrôle de policiers en uniformes, vers le centre de Melsbroek…
A l’arrivée, certains ont dû partager un lit pour trois, en ayant perdu une bonne partie de leurs effets personnels dans l’incendie…
Peut-on imaginer qu’il puisse s’agir là de pratiques respectueuses de la dignité humaine, des droits des enfants, de leur intégrité et de leur sécurité ?
On pourra toujours prétendre qu’il s’agit là d’un accident, d’un événement non prévisible auquel chacun, dans la mesure de ses possibilités, a répondu dans l’urgence.
En l’occurrence, il n’y a aucun hasard ! A force de pousser au désespoir des exilés laissés dans l’incertitude, à force de mêler dans un univers carcéral des demandeurs d’asiles déboutés, des personnes étrangères ayant purgé une condamnation pénale et des familles avec enfants, ce type d’émeute est forcément inévitable ! Enfermer des enfants dans de telles poudrières relève d’une coupable inconscience et d’une négligence absolue !
Et même si le drame semble avoir été évité de justesse, les conséquences psychologiques sont très lourdes pour les enfants : désormais détenus dans les conditions de promiscuité et de salubrité déplorables, souvent dénoncées, du centre 127 de Melsbroek, ils sont manifestement perturbés, pleurent sans raison, tardent à trouver le sommeil, refusent de quitter, fût-ce pour quelques instants, le giron des parents…
Le Gouvernement n’a que trop tardé à régler définitivement la situation des enfants et des familles toujours détenues dans les centres fermés pour illégaux. D’autres solutions existent pourtant et sont bien connues des décideurs politiques et elles ne demandent qu’à être mises en pratique.
Il n’y a plus lieu à tergiverser ! Ces familles et les autres, détenues dans les centres fermés, doivent recouvrer immédiatement leur liberté et attendre les décisions auxquelles elles seront soumises dans un environnement ouvert et libre, propice à une relation de qualité et profitable à l’équilibre et à la santé des enfants. Par l’incarcération d’enfants mineurs dans les conditions telles qu’elles viennent d’être décrites, nous assistons à la violation de la Convention internationale des droits de l’enfant, et notamment des articles 2, 3, 9, 10 , §1er , 12, 13, 19, 20, 22, §1er , 27, 31, 37 et 39, instituant des droits tels que la non-discrimination, l’intérêt supérieur de l’enfant, la liberté d’expression des enfants, le droit à un niveau de vie suffisant, la protection contre toute formes de violence…
On est en loin !
Je ne manquerai pas de communiquer mon rapport de visite aux autorités compétentes et de les interpeller avec détermination sur cette question pour que ces pratiques cessent immédiatement.
(ce texte a été communiqué à la presse ce matin)